Psychothérapie classique ou emdr, hypnose

Une discussion initiée par Gabi75, membre actif, le 23/12/2022 à 14:31.
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Bonjour à tous,
Je suis tombé sur une des discussions aujourd'hui archivé ("viol et abus") et j'ai été très intéressé par votre réponse. En effet, je me demandais aujourd'hui ce qu'un psychothérapeute pouvait apporter à un patient quand celui-ci a vécu des événements difficiles dans le passé et j'avais l'intuition qu'une psychothérapie "classique" dans laquelle on ressasse les choses n'était pas très utile. D'autres thérapies comme l'hypnose ou l'emdr sont efficaces, semble-t-il. Dans ce cas, je pense qu'il faudrait que les psychothérapeutes "classiques" orientent les gens vers ces thérapies efficaces au lieu de les laisser ressasser les choses pendant longtemps. Je crois qu'il y a un gros problème de non-orientation des patients vers les bonnes thérapies. En effet, les personnes ayant subi des choses difficiles n'ont pas forcément de problème psychologique à la base et donc elle n'ont pas besoin de ressasser les choses pendant des mois voire des années. Est-ce que je me trompe ?
Bonne journée et merci pour ce forum !

Gabi75 a reçu 2 réponses

>   Re: Psychothérapie classique ou emdr, hypnose par Jérôme Vermeulen, membre actif, le 26/12/2022 à 8:29 pour Gabi75
Bonjour Gabi75,

Votre réflexion est parfaitement fondée.

Etant moi-même spécialisé en psychotraumatisme, je travaille avec l'hypnose.

Les psychotraumatismes, pour faire bref, s'inscrivent dans des zones de notre cerveau très archaïques, qu'on appelle le cerveau limbique. S'y retrouvent des structures comme les amygdales (rien à voir avec les amygdales ORL) ainsi que les hippocampes.
Je dirais même qu'on est clairement dans un contexte de bio-psychologie puisque ces psychotraumatismes vont s'inscrire dans ce qui fait, pour le dire ainsi, notre animalité.

Les psychotraumatismes ont également de nombreux impacts sur le corps. C'est très "physiologique" et le système nerveux autonome (SNA orthosympathique) est très engagé dans les manifestations post-traumatiques. Le qualificatif autonome rappelant si nécessaire qu'il fait ce qu'il veut quand il le décide Smiley

Il faut donc pouvoir "descendre" vers ces zones plus profondes qui ont besoin d'autre chose que de paroles "intellectuelles" pour libérer cette mémoire encombrante et très automatisée. Et impacter le SNA, en travaillant sur l'antagoniste de l'orthosympathique: le parasympathique.
Et cela ne se fait pas avec des "thérapies verbales" classiques.

Des techniques hypnotiques, croisées avec des techniques dites "psycho-corporelles" sont totalement à privilégier.
Bien à vous !

Jérôme VERMEULEN
Webmaster

>   Re: Psychothérapie classique ou emdr, hypnose par Anna, membre actif, le 31/12/2022 à 10:43 pour Gabi75
Bonjour Gabi75,

La discussion que vous avez amorcée est intéressante, mais il me semble que se demander quelle genre de thérapie peut convenir ou pas dans le cas des traumatismes n'est pas forcément pertinente. Je repense a Bion psychiatre et psychanalyste, à qui le gouvernement Anglais avait demandé au lendemain de la 1er guerre mondiale de faire le point sur la question des traumatismes de guerre. Afin d'évaluer et surtout de comprendre comment les traumatismes étaient vécus chez ces anciens soldats. Je ne peux redonner tout le développement du travail colossal que Bion entrepris alors, mais je peux en donner les conclusions que lui même à donné. De même un très beau livre comprendre le traumatisme publié sur ce sujet à la Tavistok Clinic de Londres, en date des années 2000 arrive aux mêmes conclusions. Je vais essayer de les synthétiser, Bion comme ces collègues plus récemment le montre, il y a deux sortes de patients, ceux qui ont été choqués bouleversés par des événements extérieurs terribles mais ont pu surmonter ces chocs, et ceux qui se sont enfoncés dans une dépression impossible à atteindre. La différence entre ces deux groupes Cyrulnik diraient que c'est une question de Résilience. Oui mais cela n'explique pas pourquoi, tout dépend dirait t-il des premières relations qui ont permis au futur adulte de se construire dans la confiance en l'autre et dans un sentiment suffisant de sécurité. Pour les collègues Anglais on peut dire qu'ils vont un peu dans le même sens, une étude avait particulièrement attiré mon attention, le cas d'une mère d'un enfant qui s'était suicidé. L'auteur montrait le sentiment de culpabilité inconscient qui se cachait derrière le traumatisme et empêchait cette femme de dépasser le traumatisme de la mort de son enfant. Rappelons nous que la psychanalyse commence le jour où Freud fait la différence entre le traumatisme psychique et le traumatisme réel. Le psychologue ou le psychanalyste n'est pas un policier à la recherche de la vérité, il cherche à aider son patient à comprendre comment il vit un événement qui est Sa Vérité et avec laquelle il doit faire avec.
Alors psychothérapies longues ou courtes? Il n'y a pas de réponse toute faite. Un patient peut commencer une thérapie style; Hynose ou emdr, et s'apercevoir qu'il a besoin d'autre chose. Au contraire un patient qui commence une thérapie plus classique peut s'apercevoir qu'il s'enlise et chercher d'autres réponses.
Dans tous les cas je dirai une thérapie de quelque nature que ce soit doit aborder la vie émotionnelle et travailler avec son patient, ce qu'il met en jeu dans ses émotions pour extirper ce qui l' empêche d'avancer . Tout thérapeute doit être patient et tout patient doit apprendre de son thérapeute que le chemin pour se découvrir peut être long, que notre société qui demande des réponses rapides peut empêcher le processus interne de se dégager. En un mot le patient est -il prêt à vaincre ses résistances? Je terminerai en citant cette belle pensée du philosophe grec Héraclite " S'il n'attend pas, il ne découvrira pas le hors d'attente qui est chose introuvable et vers quoi il n'y a pas de passage" Anna M